Quand le désir disparaît dans le couple :
ce que le corps essaie parfois de dire

Il arrive souvent que des personnes me disent, en consultation « Le désir n’est plus là. » Et presque aussitôt après « Il faudrait que ça revienne. »

Comme s’il s’agissait d’un bouton défaillant.

Comme si le corps s’était trompé.

Comme si l’absence de désir était nécessairement un dysfonctionnement.

En sexothérapie, je rencontre pourtant une autre réalité :

le désir ne disparaît jamais sans raison.

Et surtout, il ne parle pas seulement de sexualité.

Le désir sexuel n’est pas une volonté

L’une des confusions les plus fréquentes concerne cette idée :

si je veux, je devrais pouvoir.

Or le désir ne répond pas à la volonté.

Il ne se déclenche pas par décision, par effort ou par amour.

On peut aimer profondément son partenaire, avoir envie que la relation fonctionne, et constater malgré tout que le corps ne suit plus.

Vouloir du désir n’est pas désirer !

Le désir est un mouvement.

Et tout mouvement a besoin de conditions favorables pour émerger.

Quand le désir baisse dans le couple, le corps parle souvent avant les mots

Dans de nombreux couples, le corps devient le premier lieu d’expression.

Là où les mots ne circulent plus.

Là où les tensions sont contenues.

Là où l’on s’adapte beaucoup… parfois trop

Le désir peut alors s’éteindre non par désintérêt, mais par suradaptation :

  • Fatigue émotionnelle
  • Charge mentale
  • Vigilance constante
  • Peur du conflit
  • Sentiment de devoir tenir, assurer, préserver

Le corps se ferme souvent là où il ne peut plus se relâcher.

Le désir a besoin de sécurité émotionnelle

On associe souvent le désir à la spontanéité, à l’élan, au feu.

Mais cliniquement, il repose sur quelque chose de plus fondamental :

la sécurité émotionnelle.

Se sentir suffisamment en sécurité, ce n’est pas :

  • ne jamais se disputer
  • être toujours d’accord
  • éviter les sujets sensibles

C’est pouvoir être affecté.e sans se sentir menacé.e.

Pouvoir dire sans se perdre.

Pouvoir être soi sans se protéger en permanence.

Sans sécurité émotionnelle, le corps reste en alerte.

Et un corps en alerte désire rarement.

Désir en berne ne dit pas forcément quelque chose du couple

C’est un point essentiel, souvent apaisant pour les couples :

l’absence de désir ne parle pas toujours de la relation elle-même.

Elle peut parler :

  • d’un rythme trop intense
  • d’un espace personnel insuffisant
  • d’une sexualité devenue prévisible ou chargée d’attentes
  • d’une difficulté à poser des limites
  • ou simplement… d’un corps fatigué.

Le désir ne disparaît pas toujours contre l’autre.

Il se met parfois en pause pour soi.

En sexothérapie, on ne “réveille” pas le désir

En consultation, l’objectif n’est pas de forcer le désir à revenir.

Ni de fixer un rythme, ni de “retrouver comme avant”.

On cherche plutôt à comprendre :

  • ce que le corps a appris à taire
  • ce qu’il protège en se retirant
  • ce qui manque pour qu’il puisse à nouveau se rendre disponible

Le désir n’aime pas la contrainte.

Il se déploie là où il y a de l’espace, du jeu, de la sécurité, du vivant.

Et si la vraie question était ailleurs ?

Plutôt que de se demander : « Pourquoi je n’ai plus envie ? », il serait souvent plus juste de s’interroger ainsi : « De quoi mon corps aurait-il besoin pour se sentir suffisamment en confiance pour désirer à nouveau ? »

Cette question ne culpabilise pas.

Elle n’accuse pas.

Elle ouvre.

Le désir ne se commande pas

Il répond à la manière dont le lien est habité et à la place que le corps y trouve.