Il arrive un moment, dans certaines relations, où les mots se raréfient.
Non pas parce que les partenaires n’ont plus rien à dire, mais parce que dire devient trop risqué, trop chargé, trop délicat.
Alors autre chose prend le relais. Le corps.
Un corps qui se ferme.
Un désir qui s’éteint.
Des douleurs qui apparaissent.
Une fatigue persistante.
Une sexualité qui se met en pause, sans explication évidente.
En consultation, j’entends souvent cette phrase :
« On ne se dispute pas…mais quelque chose ne va plus. »
Et très souvent, ce quelque chose s’exprime ailleurs que dans les mots.
Quand la parole devient impossible (ou trop coûteuse)
Dans de nombreux couples, le silence n’est pas un manque d’amour.
Il est une stratégie de protection.
On se tait pour :
- éviter le conflit
- ne pas blesser
- ne pas raviver de vieilles tensions
- ne pas risquer de perdre le lien
Mais ce qui n’est pas dit ne disparaît pas.
Cela s’inscrit autrement.
Le corps, lui, ne sait pas faire semblant très longtemps.
Il absorbe les non-dits, les frustrations, les ajustements constants, les renoncements minuscules mais répétés.
Et un jour, il parle.
Le symptôme corporel comme langage relationnel
En sexothérapie et en thérapie de couple, le symptôme n’est jamais pris comme un hasard ni comme un ennemi à faire taire.
Il est souvent un messager.
Un désir qui chute peut dire :
- une insécurité émotionnelle diffuse
- une tension relationnelle non nommée
- un manque de place pour soi dans le lien
Des douleurs pendant les rapports peuvent traduire :
- une difficulté à se sentir pleinement en sécurité
- une pression à « faire plaisir »
- un corps qui ne consent plus au rythme imposé
Une fatigue chronique peut signaler :
- un effort constant d’adaptation
- un trop-plein émotionnel
- une charge mentale relationnelle invisible
Le corps ne dramatise pas.
Il régule quand la relation ne le fait plus.
Quand la sexualité devient le lieu de tous les silences
La sexualité est souvent le premier espace où le non-dit se manifeste.
Parce qu’elle engage le corps, l’intimité, la vulnérabilité.
Quand le couple ne parvient plus à :
- parler de ses besoins
- dire ses limites
- exprimer ses frustrations
- ajuster ses attentes
La sexualité devient tendue, mécanique, ou s’éteint.
Et contrairement à ce que l’on croit, ce n’est pas toujours le signe d’un désamour.
C’est parfois le signe que :
- le corps n’a plus assez de sécurité pour s’ouvrir
- le désir n’a plus assez d’espace pour circuler
- l’intimité émotionnelle est fragilisée.
Ce que le corps protège quand il se ferme
Un corps qui se ferme protège souvent quelque chose de précieux :
- une intégrité
- une limite
- un besoin non reconnu
Dans certaines relations, le symptôme corporel est la dernière frontière.
Il dit : « Je ne peux plus continuer comme avant. Pas sans ajustement. Pas sans écoute. »
Le corps ne cherche pas à punir.
Il cherche à rééquilibrer.
Réentendre le corps sans l’interpréter trop vite
L’enjeu n’est pas de surinterpréter chaque sensation.
Ni de psychologiser à outrance.
Il s’agit plutôt de se demander, doucement :
- Qu’est-ce que mon corps tente de réguler ?
- De quoi a-t-il besoin pour se sentir davantage en sécurité ?
- Qu’est-ce qui, dans la relation, reste sans espace de parole ?
Très souvent, quand le couple retrouve :
- une communication plus ajustée
- une écoute moins défensive
- un climat émotionnel plus sûr
Le corps n’a plus besoin de parler aussi fort.
En thérapie : redonner une place à ce qui ne se dit pas
Le travail thérapeutique ne consiste pas à “réparer” le corps.
Il consiste à réintroduire de la circulation :
- dans la parole
- dans les émotions
- dans le lien
Quand le couple ose ralentir, écouter autrement, nommer l’inconfort sans accusation, le corps peut progressivement relâcher sa vigilance.
Et parfois, sans même qu’on l’ait directement travaillé, le désir revient.
La détente s’installe.
La sexualité retrouve une forme de spontanéité.
Le corps n’est pas un obstacle dans la relation.
Il est souvent le dernier allié quand le lien s’est perdu de vue.
FAQ
Non.
Le désir est multifactoriel. Il peut être influencé par la fatigue, le stress, l’histoire personnelle, le contexte de vie.
Mais lorsqu’il persiste dans le temps, il est souvent utile de regarder ce qui se joue dans la relation, notamment en termes de sécurité émotionnelle.
Parfois, oui — notamment lorsque le contexte relationnel change spontanément.
Mais lorsque les non-dits s’installent durablement, un accompagnement peut aider à remettre des mots là où le corps s’est substitué à la parole.
Oui, à condition de ne pas la forcer.
La sexualité se réveille rarement par volonté.
Elle revient lorsque les conditions émotionnelles, relationnelles et corporelles redeviennent suffisamment sûres.



