En consultation, il arrive souvent que le mot désir soit posé très vite.
Et pourtant, ce n’est presque jamais lui qui est au cœur du problème.
Derrière un désir fragile, absent ou fluctuant, je retrouve presque toujours la même question, parfois silencieuse, parfois diffuse :
« est-ce que je me sens en sécurité dans ce lien ? »
Pas une sécurité rationnelle.
Mais une sécurité vécue. Corporelle. Émotionnelle.
La sécurité émotionnelle : une définition clinique
La sécurité émotionnelle, ce n’est pas l’absence de conflit.
Ce n’est pas non plus une relation sans tension, sans désaccord, sans inconfort.
Cliniquement, elle se manifeste lorsque :
- je peux exprimer ce que je ressens sans me sentir disqualifié.e
- je peux être touché.e par l’Autre sans me sentir envahi.e
- je peux exister dans le lien sans devoir me suradapter
La sécurité émotionnelle, c’est la sensation intérieure que le lien ne me met pas en danger.
Et cette sensation ne se pense pas, elle se ressent dans le corps.
Ce que la sécurité émotionnelle n’est pas
Beaucoup de couples confondent sécurité et contrôle.
La sécurité émotionnelle n’est pas :
- tout dire sans filtre
- exiger que l’Autre comprenne immédiatement
- éviter les désaccords à tout prix
- se fondre dans les besoins de l’autre pour préserver le lien
Au contraire, un lien trop contrôlé, trop surveillé ou trop tendu peut sembler “calme”…tout en étant profondément insécurisant pour le corps.
Le corps ne négocie pas avec l’insécurité
C’est un point central en sexothérapie.
On peut décider d’aimer.
On peut décider de rester.
Mais le corps, lui, ne se force pas à se sentir en sécurité.
Lorsqu’il perçoit :
- de la pression
- des attentes implicites
- une peur du conflit
- ou une vigilance permanente
Il s’adapte.
Il se retient.
Il se ferme parfois.
Et un corps qui se protège n’est pas un corps disponible au désir.
Pourquoi le désir dépend autant de la sécurité émotionnelle
Le désir suppose un paradoxe subtil :
être suffisamment en lien…sans se sentir menacé.e dans son intégrité.
Pour désirer, il faut pouvoir :
- se relâcher
- se laisser traverser
- accepter une part d’imprévisibilité
Or cela n’est possible que si le lien offre un minimum de sécurité intérieure.
Le désir n’apparaît pas là où il faut se défendre.
Il naît là où l’on peut baisser la garde.
Quand la sécurité émotionnelle manque, le désir se met souvent en veille
Pour de nombreux couples, le désir ne disparaît pas brutalement.
Il se retire doucement.
D’abord le corps se fatigue.
Puis l’élan se raréfie.
Puis l’idée même de sexualité devient lourde, chargée, parfois anxiogène.
Ce n’est pas un rejet.
C’est souvent une tentative de protection.
Le corps dit parfois :
« Je ne peux pas m’ouvrir ici, pas dans ces conditions. »
En thérapie, on ne “fabrique” pas la sécurité émotionnelle
On ne décrète pas la sécurité émotionnelle.
On ne l’impose pas.
On ne la performe pas.
En thérapie de couple ou en sexothérapie, on l’explore.
On observe :
- comment chacun.e gère le désaccord
- comment les émotions sont accueillies ou contenues
- comment le corps réagit dans la proximité
- ce qui, dans le lien, active la défense plutôt que l’ouverture
La sécurité émotionnelle se construit dans les micro-ajustements du quotidien, pas dans les grandes déclarations.
Et si le désir n’était pas le problème à résoudre ?
Lorsqu’un couple consulte pour une difficulté de désir, la question la plus féconde n’est souvent pas : »Comment retrouver une sexualité ? ».
Mais plutôt : « Dans ce lien, qu’est-ce qui permet (ou empêche) le corps de se sentir suffisamment en sécurité pour s’ouvrir ? »
Cette question change tout.
Elle déplace la focale.
Elle remet du vivant là où il y avait de la pression.
Le désir ne revient pas quand on le réclame.
Il revient quand le lien devient suffisamment sûr pour que le corps accepte de s’y déposer.



